Ce livre ferme une controverse et en ouvre, ou contribue à en nourrir, plusieurs autres.
La controverse qu’il ferme (ou cherche à fermer, si on trouve qu’il n’y a pas réussi) est celle de la chasse féminine durant la préhistoire.
En effet, comme je le disais dans un post précédent, nous montrons que l'exclusion des femmes des activités impliquant l'usage de la violence était une loi fondamentale des sociétés humaines aux stades primitifs de leur développement ; une loi démographique qui permettait aux groupes humains de maintenir et de faire croître leur population.
D’autres formes d’organisation sociale – où les femmes assumaient les activités telles que la chasse ou la guerre – pouvaient être expérimentées, mais non perdurer. Autrement dit, nous sommes tous les descendants d’humains ayant opté pour le mode d’organisation “standard”.
Au cœur de la démonstration se trouve la notion de risque – le risque létal, celui de mourir avant d’avoir pu se reproduire.
Le risque est une variable souvent négligée ou traitée, comme dans la psychologie évolutionniste, du point de vue individuel ; nous le considérons dans sa dimension collective et y voyons le critère essentiel responsable de la division du travail dans les groupes humains (et proto-humains) démographiquement fragiles.
Parmi les controverses auxquelles le livre contribue, citons celle, chère à mon coauteur, de la correspondance entre le sexe et le genre.
Il est devenu si habituel de dire que ces deux notions ne se recouvrent pas forcément qu’on en oublie de remarquer que dans l’immense majorité des cas, elles se recouvrent au contraire plutôt bien.
Et si cette correspondance entre sexe biologique (mâles et femelles) et rôle sexué joué par les individus (hommes et femmes) était une conséquence de centaines de millénaires de partage du risque ? Un risque non pas individuel – le mâle qui se mettrait en danger pour briller ou pour conquérir des femelles – mais social, découlant de la division des tâches au sein du groupe. Un risque non pas “égoïste” mais “altruiste” ; non pas un choix mais un destin.
Cette analyse invite à voir l’inégalité entre les sexes, marque constante de l’histoire humaine jusqu’à la période la plus récente, comme une dissymétrie à double sens où le surplus d’autonomie et de pouvoir dont jouissaient les hommes se payait en surplus d’exposition au risque et de mortalité. Ce qui nous fait qualifier le patriarcat historique, d’une façon un peu provocante, de “transaction”.
Avant de conclure que, dans les conditions d’aujourd’hui, où le risque létal est réduit à la portion congrue, cette transaction n’est plus justifiée par aucune nécessité. La loi que nous avons mise en évidence – qui, comme toute loi, n’est valide que dans certaines conditions – est désormais caduque, et avec elle la rigidité des rôles sexués.
Reste à savoir si cette raréfaction du risque n’emporte pas de nouveaux dangers, parmi lesquels l’érosion du progrès et l’essoufflement de la natalité.
Nous sommes arrivés jusqu’ici, tant bien que mal ; mais allons-nous perdurer ?

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